Les animaux parlent...et on les écoute!

En ce mois de janvier 2021, parait l'ouvrage du spécialiste de la bioacoustique Nicolas Mathevon (université de Saint-Etienne & Institut universitaire de France), "Les animaux parlent, sachons les écouter" aux éditions Humensciences. Nous avons demandé au biologiste de revenir sur ses années d’enregistrement et plus particulièrement sur les effets de la crise sanitaire sur l’écosystème sonore des espèces.

livre animaux parlent sachons les ecouterEn quoi la bioacoustique est aujourd'hui nécessaire à la connaissance des humains ? 
Il y a d'abord un aspect fondamental. La bioacoustique nous permet d’aider à comprendre comment le monde qui nous entoure fonctionne, ainsi que certains processus, comme ceux ayant abouti au langage humain. D’un point du vue plus appliqué, la bioacoustique permet de comprendre les effets des pollutions sonores humaines. Ces pollutions ont un impact dramatique pour la faune. Nous changeons l'écosystème sonore de nombreuses espèces. Cet été en Californie, en période d’activité humaine réduite, on a pu observer que des pinsons s'étaient mis à produire des syllabes de chant qu'ils n'utilisaient plus depuis 1970* ! Les effets de la crise sanitaire...Grâce à la bioacoustique on est aussi capable de comprendre le système de communication des animaux et de s'en servir. Les effaroucheurs acoustiques des pistes d'aéroports utilisent par exemple des signaux artificiels construits à partir de signaux de détresse produits par des oiseaux.
 
Lors de vos enregistrements, êtes-vous gênés par les bruits anthropiques (ceux de l'Homme et de son activité) ? 
Tout dépend de ce que l'on veut faire. En bioacoustique, il n'y a pas que les bruits anthropiques qui vont nous gêner. Il y a aussi des bruits naturels. Si l’on veut utiliser les sons pour caractériser la biodiversité d'un environnement, on fait de l'écoacoustique, c’est-à-dire l’étude du signal sonore dans sa globalité (les organismes vivants + les phénomènes naturels + les activités humaines...).
 
Depuis que vous réalisez vos captations, avez-vous identifié une évolution de la qualité de la biodiversité ?
Avec mon laboratoire nous travaillons souvent dans des environnements relativement protégés. Mais il est devenu extrêmement difficile d'avoir des environnements exempts de bruits anthropiques.
 
Et pour la faune sous-marine ? 
Les ondes sonores se propagent beaucoup plus vite dans l'eau que dans l'air. Et les fonds sous-marins sont modifiés par des activités humaines extrêmement bruyantes (essais militaires, dragage, sonars...). En eau douce, nous avons observé que certains poissons se nourrissaient moins vite dans un environnement bruyant. Il a aussi été montré que certains poissons marins choisissent les récifs qu'ils vont habiter en fonction de leur ambiance sonore.
 
L'enquête de perception du CidB a révélé que les français percevaient beaucoup plus le bruit des oiseaux et même des insectes pendant le confinement. Avez-vous fait des observations en ce sens ?
Notre laboratoire n’a pas spécifiquement travaillé sur les effets du confinement. Cependant, en France, l’éco-acousticien Jerôme Sueur du Museum National d’Histoire Naturelle et Frédéric Sèbe de notre laboratoire à Saint-Etienne enregistrent actuellement l’impact de l’homme sur la nature dans le parc naturel régional du Haut-Jura. Ce qui est sûr c’est que les ambiances sonores ont complètement changé, notamment avec la réduction du trafic aérien. Nous avons également eu un très beau printemps. Certaines espèces réussissent parfois à s'adapter mais il est quand même nécessaire de comprendre qu'au-delà des nombreuses perturbations que la pollution sonore engendre, le bruit provoque énormément de stress aux espèces.
 
* “Singing in a silent spring: Birds respond to a half-century soundscape reversion during the COVID-19 shutdown”, Revue science, Elizabeth P. Derryberry, 30 octobre 2020

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